De Zéro à Un

En lisant ce résumé, vous apprendrez comment bâtir une entreprise unique en créant quelque chose de radicalement nouveau.

Vous apprendrez aussi que :

  • le progrès passe par l’innovation : il ne faut pas se reposer sur l’existant ;
  • les grandes entreprises se construisent en créant un monopole grâce à une performance que la concurrence ne peut battre ;
  • pour réussir, osez voir grand et développez une vision de l’avenir que vous aspirez à créer ;
  • une planification à long terme est indispensable pour garder le contrôle du destin de sa startup ;
  • une société à haut potentiel dépend d’une croissance forte, d’une offre de valeur vraiment différenciée et d’une anticipation des tendances à venir ;
  • le monde regorge d’opportunités pour qui décide de sortir des sentiers battus ;
  • soignez votre culture et votre équipe fondatrice afin d’être porté par une vraie dynamique.

L’innovation ne se résume pas à améliorer la réalité : personne ne peut extraire éternellement de la valeur des mêmes gisements. Elle consiste en effet à passer de “zéro à un”, à inventer quelque chose qui n’existait pas : c’est la seule manière d’engendrer des progrès considérables. Un miracle rendu possible par la technologie, qui optimise les capacités de chacun et offre une grande variété d’opportunités. Ces avancées sont donc une question d’ambition : à vous de développer l’inattendu pour donner naissance aux phénomènes de demain. Passez à “un” dès à présent !

Si vous voulez que votre entreprise avance, il lui faut un projet d’avenir

Une entreprise qui réussit doit penser sa stratégie en fonction de ce que seront les grandes tendances de demain. En effet, celles-ci ne peuvent être calquées sur le présent, car le futur, c’est l’altérité : qui sait comment le monde va évoluer ?

Le progrès d’une société peut prendre deux directions :

  • horizontal ou extensif, ce qui existe est élargi en améliorant et généralisant une offre ;
  • vertical ou intensif, il consiste à créer du neuf.

Ces logiques se retrouvent dans deux phénomènes clés de l’époque actuelle :

  • la mondialisation diffuse à grande échelle une même logique économique, mettant de plus en plus d’acteurs en compétition sur ses marchés ;
  • la technologie génère des offres inédites dans des domaines variés.

Ces tendances peuvent aller de pair ou se succéder.

Contrairement à l’idée reçue, la mondialisation a aujourd’hui le dessus : notamment sur le plan économique, les décideurs se projettent dans l’avenir sur la base d’un modèle commun au lieu d’emprunter des chemins innovants. Les lois du capitalisme et de la finance, les structures et procédures des grandes entreprises sont appliquées sans réelle remise en question.

Pourtant, seule la technologie peut inventer le monde de demain. En effet, le système actuel n’est pas viable à long terme : vu la surconsommation et la pollution, la planète ne survivrait pas à sa complète généralisation. L’humanité a besoin d’avancées radicales, car pour survivre et prospérer, il lui faudra se réinventer.

Or les startup sont le terreau le plus fertile pour cultiver ces visions nouvelles. Lieux de mise en commun des énergies, elles ne sont pas rigides comme les grandes structures. Elles forment un espace de débat et de liberté propice à la création d’une pensée innovante.

Les visionnaires sont trop souvent mal vus : ne vous laissez pas abattre pour autant

Généralement, la vision de l’entreprise est régie par nombre d’idées préconçues, souvent trompeuses. C’est le cas de la méfiance qu’inspirent les projets trop ambitieux. Jugés déraisonnables et irréalistes, ils sont associés à un échec retentissant. Pourquoi ?

La référence en la matière est le crash de la bulle Internet en l’an 2000. Depuis, les valeurs connues et sûres sont valorisées aux dépens des autres. Pour les investisseurs, c’est par exemplel’immobilier — ce qui ne les a pas protégés d’une nouvelle crise financière.

Ce faisant, les principes de la mondialisation prennent le pas sur l’innovation. Dorénavant, si les entreprises inventent de nouveaux produits, c’est principalement pour faire du profit et se développer sur les marchés actuels.

De même, la planification à long terme est considérée comme hasardeuse. Les acteurs préfèrent avancer par étapes, en s’adaptant constamment face aux risques potentiels.

Cette attitude craintive découle d’une mauvaise appréciation des écueils passés. Ainsi, le crash de l’an 2000 n’est pas à considérer comme un échec de l’innovation ; il a plutôt condamné la déraison qui a régné sur la fin des années 1990. Les startup informatiques de la Silicon Valley se lançaient et se développaient à toute vitesse, sans véritable plan d’avenir ; la démesure de leurs ambitions égalait leur désinvolture.

De plus, le contexte était beaucoup plus morose et instable que la plupart des gens ne le pensent “a posteriori”. Cette époque a connu :

  • la récession américaine ;
  • les crises asiatique et russe ;
  • les balbutiements de l’euro ;
  • les inquiétudes liées à la mondialisation.

Ce système fatigué et fébrile avait grand besoin d’un sursaut. C’est pourquoi sont nées les nouvelles technologies qui promettaient un puissant élan vers l’avenir, malheureusement compromis par le manque de rigueur des leaders de l’époque.

Pour autant, les principes stratégiques de ces entreprises ne sont pas tous à balayer. Le besoin d’objectifs audacieux sur le long terme reste impératif.

Tâchez donc avant tout de penser par vous-même, si vous voulez défendre votre société sans vous laisser freiner par le message ambiant.

La concurrence est une idéologie trompeuse

Une idée reçue revient souvent : la compétition est bénéfique, elle est censée représenter un système juste. Est-elle recevable ?

La rivalité a ses mauvais côtés

Dans l’éducation comme dans le monde professionnel, la concurrence est partout, et les entreprises ne font pas exception. Elles se concentrent sur des rivaux clairement identifiés auxquels elles vouent une compétition acharnée, aux effets parfois contre-productifs :

  • focalisation sur l’adversaire au risque d’ignorer tout le reste. Microsoft et Google, occupés à se faire la guerre, se sont ainsi laissé dépasser par Apple ;
  • accent sur le court terme et les marchés actuels ;
  • imitation et surenchère permanentes qui ne créent que très peu de valeur. L’arrivée des premiers lecteurs mobiles de cartes de crédit a donné lieu à des répliques de formes variées, ne proposant pas de véritable progrès ;
  • lutte à mort pour des secteurs au potentiel pourtant faible. Les produits pour animaux de compagnie dans la période de la bulle Internet en sont un exemple.

Pourtant, le plus souvent, les groupes concernés feraient mieux de coexister pacifiquement. D’anciens rivaux peuvent même bénéficier d’une alliance au nom d’un intérêt commun.

Par exemple, PayPal et son concurrent X.com ont fusionné juste avant l’effondrement de la bulle Internet, ce qui leur a valu de survivre.

N’hésitez pas à faire de même !

Monopole et concurrence sont deux systèmes opposés

La compétition jouit d’une bonne image, car elle s’oppose au monopole. Celui-ci est de son côté mal vu, car il octroie toute liberté de fixer les prix et de maximiser les profits sur un marché. Il permet d’en capter toute la valeur, tandis que la concurrence la redistribue.

Cette dernière oblige les sociétés rivales à lutter constamment pour rester rentables. L’idéal visé est un équilibre entre l’offre et la demande, assurant la stabilité des prix.

Or dans ce système, nul ne se différencie assez pour s’imposer durablement.

En réalité, un monopole peut être sain lorsqu’il ne naît pas de la tricherie, mais permet une véritable unicité. Par sa performance, la marque concernée propose une valeur tellement supérieure que nul ne peut s’y mesurer, comme Google avec la finesse de ses algorithmes de recherche.

Un tel coup de maître vous donne un véritable avantage : mieux vaut être le seul dans votre domaine plutôt que de faire la même chose que les autres, que grignoter les miettes d’un large marché.

Le système actuel n’est pas ce qu’il semble

En ce qui concerne la concurrence, l’économie actuelle n’a rien d’uniforme. Il existe de fortes disparités entre des secteurs dominés par un ou quelques acteurs et d’autres, où se livre une compétition intense.

Dans ce cadre, les sociétés monopolistiques préfèrent minimiser leur puissance afin d’éviter les attaques.

Par exemple, Google se présente comme une entreprise technologique parmi d’autres, alors que son moteur de recherche reste la référence.

Au contraire, les sociétés très concurrencées prétendent se différencier sur des détails, tout en proposant des produits grand public. C’est le cas par exemple des restaurants spécialisés dans divers types de cuisines.

Ces arguments ne changent pas leur réalité : face à la pression de la compétition, ces entreprises doivent se battre pour survivre. Elles ont donc moins le loisir de se soucier de leur responsabilité sociale et de leur vision à long terme.

Une marque leader, elle, peut se projeter dans l’avenir et lancer des initiatives avec confiance. Pour autant, un monopole n’est pas statique : loin d’un acquis, il passe par la création constante d’une valeur renouvelée.

Ainsi, dans l’industrie technologique, les monopoles se succèdent et se supplantent : celui d’IBM a été suivi par Microsoft, puis Apple. Ils ne sont donc pas un frein à l’entrée de nouveaux acteurs, mais une exigence constante de performance.

Construisez un monopole durable en vous singularisant

Un monopole ne compte que sur la durée. C’est pourquoi la valeur d’une société, notamment en Bourse, dépend de son potentiel et non de ses bénéfices actuels. Alors comment garder le monopole ?

La croissance est le seul indicateur de réussite à long terme

Les startup les plus performantes, surtout dans l’informatique, perdent beaucoup d’argent avant que leur business model devienne rentable. Elles enregistrent cependant une croissance puissante.

Leur forte valorisation peut sembler contre-intuitive, car elle représente un pari sur leur viabilité. En effet, pour évaluer celle-ci, il est tentant de s’appuyer sur leur chiffre.

Une croissance dynamique est pourtant un meilleur indicateur de santé que des bénéfices à court terme, même importants. De fait, les entreprises à succès peuvent rapidement rencontrer des obstacles — défauts du modèle ou saturation du marché —, car se focaliser sur leurs réussites les conduit à mal anticiper les défis du futur.

Par exemple, l’éditeur de jeux sociaux Zynga a eu beaucoup de mal à se renouveler après quelques succès fulgurants.

Certains indispensables vous garantiront de réussir à long terme

Une entreprise désireuse de s’imposer durablement doit posséder quelques atouts essentiels :

  • une technologie exclusive, inédite ou dépassant de loin la concurrence — idéalement dix fois supérieure. Par exemple, PayPal par rapport aux solutions de paiement existantes ;
  • un effet de réseau. Plus elle a d’utilisateurs, plus elle devient attractive. C’est surtout le cas des plateformes sociales (Facebook, LinkedIn, mais aussi eBay), qui ont besoin d’une base de données de membres pour présenter un intérêt. Il n’y a alors pas de risque de saturation ;
  • une possibilité d’économies d’échelle : la rentabilité des unités vendues augmente avec la demande, sans limites de capacité. Les entreprises du Web, notamment les éditeurs de logiciels comme Microsoft, jouissent là d’un avantage avec des coûts très minimes ;
  • en soutien, une image de marque forte qui rende l’entreprise vraiment unique. C’est le cas d’Apple, par exemple, dont l’identité très distinctive s’appuie sur une performance remarquable.

Créez votre monopole

Pour distancer la concurrence, votre stratégie initiale comptera autant que votre performance ou votre modèle. Ne vous lancez surtout pas à la conquête d’un grand marché : c’est le meilleur moyen de vous perdre parmi la compétition.

Débutez plutôt dans un marché de niche que vos atouts vous permettront de conquérir sans encombre. Puis, abordez progressivement les secteurs annexes en accumulant de l’importance.

Amazon, par exemple, n’est pas devenu un géant du jour au lendemain : il a démarré avec les livres avant de s’étendre à de plus en plus de domaines.

Toutes vos décisions doivent être orientées vers la création et la consolidation de votre monopole. Ne négligez aucun aspect pour rendre votre startup vraiment unique !

Votre rapport à l’avenir est le guide de vos ambitions

Innover, c’est avoir foi en l’avenir et en votre capacité à le façonner.Or plus vous perdez le contrôle, plus vous tendez à vous en remettre à la chance. Comment y remédier ?

Les cultures sont plus ou moins proactives

Ce rapport au monde façonne des sociétés entières. Certaines sont marquées par un pessimisme passif, comme l’Europe, embourbée dans son sentiment de déclassement. La Chine, elle, réagit avec un dynamisme d’autant plus frénétique à ses criantes angoisses sur l’avenir.

Quant à la société américaine, si elle reste en grande partie optimiste, c’est d’un optimisme sans projet. Ainsi, les milieux favorisés, et notamment les baby-boomers, croient profondément au progrès, mais comme à un phénomène quasi automatique. Pour eux, leur réussite repose majoritairement sur la chance d’avoir profité d’un milieu aisé, de capacités intellectuelles et d’opportunités. Le cas de Bill Gates en est l’emblème.

Le système actuel est en panne de grandes initiatives

Une telle philosophie a des conséquences profondes sur le mode de fonctionnement général. Si l’avenir est soumis à des phénomènes dépassant le contrôle de l’homme, il ne peut que s’adapter et chercher à pérenniser les systèmes existants.

Finie l’époque des inventions, grandes découvertes et autres projets ambitieux :

  • capitaux et talents sont attirés par le monde de la finance : l’argent ne sert qu’à en générer davantage au lieu de créer de la valeur ;
  • la politique est axée sur le court terme : elle vise avant tout la réélection de ses représentants. En l’absence d’une vision audacieuse, elle ne peut que compenser le manque d’opportunités par la redistribution ;
  • la science devient le règne de l’aléatoire : face à la complexité du réel, elle multiplie les expérimentations pour accumuler des bribes de connaissances.

Partout, c’est l’absence d’objectifs forts et de travail coordonné pour les accomplir qui empêche toute vraie avancée. En effet, celles-ci ne peuvent passer que par la planification.

Osez vous projeter malgré l’incertitude : si l’avenir est indéchiffrable, c’est qu’il vous revient de le tracer !

Ciblez votre performance au lieu de vous disperser

Face à l’incertitude de l’avenir, nombreux sont ceux qui diversifient leurs domaines de compétence afin de s’adapter à toutes les situations. Professionnels comme entreprises sont donc invités à faire preuve de flexibilité au lieu de se concentrer sur quelques compétences essentielles. Mais en refusant de cibler ce qui apporte de la valeur, le risque est qu’ils se condamnent à la médiocrité. Faut-il continuer dans cette voie ?

Dans le monde de la finance aussi, la diversification est très valorisée. Les investisseurs en capital-risque constituent un portefeuille varié afin que leurs gains compensent leurs pertes.

C’est compter sans une règle majeure, la loi de la puissance, qui veut qu’un tout petit nombre de sociétés à la croissance exponentielle rapportent à elles seules plus que toutes les autres réunies. En effet, les phénomènes minoritaires se distinguent toujours par leur intensité : c’est ce qui conduit à l’hyperconcentration des richesses.

De fait, un investisseur qui traite toutes les entreprises de façon équivalente mise moins sur les meilleures d’entre elles et gaspille une partie de son capital sur des organisations peu intéressantes.

Pour engranger d’impressionnants résultats, misez plutôt sur une sélection de sociétés à haut potentiel, toutes capables de réussir à grande échelle. Les startup à haute croissance comme Palantir ou Instagram en sont des exemples typiques.

Cela, les investisseurs l’ont compris, et aujourd’hui, les entreprises financées par le capital-risque forment une toute petite élite, au poids disproportionné par rapport à leur nombre : 21% du PIB américain. Elles symbolisent cette leçon essentielle : mieux vaut faire moins et mieux plutôt que de se perdre.

Comme eux, dans tous vos choix de carrière et de stratégie, imposez-vous d’être exigeant et sélectif

Amenez le progrès en explorant de nouvelles sources de connaissance

Inventer l’inédit, c’est découvrir des secrets ; ces vérités accessibles, mais qui vous échappent encore. Cette part d’inconnu est un défi et un moteur de curiosité. Alors comment faire pour les déceler ?

Un monde sans grandes découvertes est un monde statique et en perte de sens

Le présent souffre beaucoup du manque de mystères à résoudre. En effet, grâce aux progrès scientifiques et techniques, l’être humain semble avoir découvert tout ce qu’il pouvait savoir. Une idée vertigineuse qui peut pousser certains à des actes de folie.

Par exemple, le terroriste américain des années 1990, Ted Kaczynski, aspirait à détruire les institutions et le savoir technologique pour forcer le monde à repartir de zéro. Les extrémismes religieux et idéologies diverses sont d’autres moyens de repousser ce sentiment de non-sens.

Quant à la société dans son ensemble, elle tend plutôt vers la complaisance et l’apathie :

  • valorisation des conventions et du système ;
  • paresse des autorités intellectuelles qui se contentent de leur position et de leur savoir établis ;
  • minimisation des capacités d’initiative de chaque individu, perdu dans une masse de talents ;
  • aversion au risque, la peur d’avoir tort ou d’être isolé condamnant au “statu quo” ;
  • confiance aveugle et absence de remise en question des institutions(justice et démocratie, économie, structure interne des entreprises).

Il restera toujours des terres inconnues à conquérir

Or croire être arrivé aux limites du savoir est un tort fondamental. Le monde regorge de défis à relever, que ce soit dans la santé, l’énergie, la technologie…

Gardez à l’esprit que nulle performance n’est impossible à force de persévérance.

Prenez exemple sur le mathématicien Andrew Wiles, parvenu à démontrer un théorème demeuré mystérieux depuis 1637.

Il existe bien des sujets de connaissance, plus récents ou longtemps moins étudiés, qui regorgent de vérités encore inconnues. D’autant que les mystères ne se trouvent pas que dans les domaines les plus théoriques ou complexes, mais aussi dans le quotidien. Les comportements, les structures sociales en recèlent des myriades : des vérités que nul ne perçoit ou ne veut admettre, mais qui livrent les clés de la compréhension du monde.

Sans parler des problèmes courants qui pourraient être résolus par des idées simples, mais jamais envisagées.

Par exemple, Airbnb ou Uber ont ouvert la voie en décelant des trésors de valeur juste sous vos yeux par le dépassement des modèles existants.

Pensez le rapport homme/machine si vous voulez innover

Le progrès technologique pose aujourd’hui question : l’homme craint d’être remplacé par des machines toujours plus puissantes et autonomes. Cette peur est-elle justifiée ?

Cette perspective qui suscite enthousiasme ou terreur est une illusion : l’homme et la machine ne sont pas interchangeables, mais complémentaires. Leurs atouts sont très différents :

  • l’homme possède des capacités de planification, de jugement et de décision ;
  • les ordinateurs excellent dans le traitement des données et demeurent incapables de tout jugement de valeur.

De plus, la machine est un outil sans volonté propre. L’être humain garde le contrôle sur son champ et ses modalités d’usage, sauf à imaginer une intelligence artificielle “forte” et indépendante, ce qui ne pourrait advenir qu’à très long terme.

Ainsi, les meilleures performances ne sont pas celles des ordinateurs, mais de systèmes hybrides alliant les capacités de gestion des données de l’informatique à l’intelligence humaine.

Par exemple, PayPal a révolutionné son système de contrôle en associant le talent d’analystes à un puissant algorithme. Sur le même principe, la société d’analyse de données Palantir dépasse jusqu’à la CIA et la NSA !

Ancrez dès aujourd’hui à votre projet ce principe qui sera au cœur des innovations essentielles de demain : santé, droit, éducation… En effet, dans des domaines chargés de tels enjeux humains et éthiques, la compétence d’un professionnel demeure irremplaçable. Les outils numériques s’y ajouteront avec leurs diagnostics d’une rapidité et d’une précision inégalées, élargissant ainsi le champ des possibles. 

L’exemple des énergies vertes : une vision peut faire la différence

Face aux défis de l’humanité, nombreux sont les secteurs d’avenir pour une startup ambitieuse. Cela étant, la facilité n’est pas garantie. La stratégie demeure essentielle : nombre d’entreprises de l’énergie propre (Solyndra, MiaSole), enjeu essentiel de demain, l’ont appris à leurs dépens. Malgré une demande certaine, la majorité n’a pas même survécu. Pourquoi ?

Leurs erreurs ont été multiples :

  • un manque de différenciation : parmi une masse d’acteurs uniformes, aucune n’a su proposer de valeur ciblée ;
  • une technologie peu aboutie : des performances inférieures ou pas assez supérieures à l’existant, et des améliorations trop lentes ;
  • un manque de compétence technique : les meilleurs ingénieurs restaient axés sur l’informatique, secteur moins rigide et qui correspondait mieux à leur état d’esprit de geeks, loin des vendeurs et businessmen en costume-cravate ;
  • une vision consensuelle : elle mettait seulement en avant l’urgence climatique et l’aspiration à un entrepreneuriat plus social, arguments communs à tous ;
  • des lacunes dans la pensée stratégique, notamment une négligence au niveau de la distribution : produits peu accessibles et messages publicitaires flous ;
  • un manque d’anticipation des menaces futures : la concurrence chinoise ou le retour d’énergies fossiles devenues plus propres et moins chères.

Cette déroute met encore plus en valeur l’éclatant succès de Tesla, l’exception du secteur. Alliant performance technique, business model solide et vision à long terme, l’entreprise s’est imposée sans peine. Son succès reposait surtout sur deux éléments fondateurs :

1. son démarrage par la conquête d’un marché de niche, celui des voitures de course électriques de luxe ;

2. le secret à la base de sa différenciation, qui est que la conscience écologique ne repose pas que sur l’éthique. C’est aussi une question d’image de soi, d’où le choix de se tourner vers le haut de gamme. Posséder une Tesla, c’est se donner un style tout particulier.

Quelle leçon faut-il en tirer ? Un secteur très porteur est loin de suffire à la réussite. Même avec une demande forte, il est indispensable de vous différencier et d’être intraitable sur la performance. Ne prenez jamais le succès pour acquis ! 

Une bonne stratégie de vente est essentielle

La vente et le marketing sont des secteurs trop souvent dévalués.Une image de superficialité, voire de tromperie leur colle à la peau. C’est pourquoi les techniciens méprisent cette étape pourtant indispensable, aspirant à des produits dont les avantages parleraient d’eux-mêmes. En quoi est-elle cruciale ?

Une influence subtile sur les esprits

Chacun se croit immunisé contre les sirènes de la publicité, qui laisse pourtant bien sa marque sur l’inconscient. Si elle est si souvent décriée, c’est pour son côté exagéré et intrusif. Or un bon vendeur vous convainc sans que vous vous en rendiez compte.

Ainsi, la vente est présente partout où il y a besoin d’attraction et de persuasion, de convaincre de son utilité et défendre ses intérêts. Un P-DG, un banquier, un avocat, un homme politique, même un intellectuel sont autant de vendeurs qui s’ignorent.

Choisissez bien votre technique de marketing

Optez pour la stratégie de vente la plus efficace : se disperser n’amène que des résultats médiocres.

Ainsi, en fonction de la valeur créée et des coûts générés par chaque nouveau client, le canal sera plus ou moins personnalisé :

  • les ventes dites complexes, les plus importantes, brassent des millions d’euros : c’est le cas de grands chantiers impliquant des acteurs majeurs, principalement des États. C’est au P-DG de les négocier. Chacune engrangeant une énorme valeur, il peut se focaliser sur un petit nombre de transactions à suivre de près ;
  • les ventes personnelles, de 10 000 à 100 000 euros, sont confiées à des commerciaux ;
  • le marketing à grande échelle, géré par les services dédiés pour les produits peu chers et grand public, comprend la télévision, la presse et Internet ;
  • le marketing viral concerne les produits pour lesquels l’effet de réseau entraîne une transmission automatique du message, notamment sur le Web. Pour le stimuler, créez des incitations aux recommandations — posts sur les réseaux sociaux à chaque transaction, système de parrainage en échange d’offres promotionnelles — et ciblez un marché de niche que vous pourrez conquérir plus rapidement.

Entre ventes personnelles et grand public, il existe une “zone morte” pour les produits tournant autour de 1 000 euros par exemple ; un tel investissement nécessiterait un contact direct, mais il n’est pas assez rentable. C’est une difficulté de taille pour nombre d’entreprises.

Pour vous faire connaître du public comme des employés et investisseurs éventuels, ne négligez pas non plus votre stratégie de communication dans les médias. C’est un bon moyen de vous faire un nom !

L’enjeu des premiers choix est la condition de la réussite d’une entreprise

Pour une jeune startup, les premiers choix structurels sont absolument essentiels. Équipe, mode de direction, rémunération : ils posent les bases de son fonctionnement et de son avenir. Il est très difficile de revenir dessus. Comment prendre des décisions que vous ne regretterez pas ?

Trouvez l’équilibre entre les dirigeants

Le choix des fondateurs est particulièrement important : ne montez pas votre entreprise avec n’importe qui !

Évitez toute décision hâtive et adoptez un regard objectif en pesant le pour et le contre. De bons associés doivent bien se connaître et savoir travailler ensemble, sans quoi votre société ira droit dans le mur.

En effet, la structure dirigeante obéit à des mécaniques complexes, divers acteurs ayant un rôle différent :

  • les propriétaires — fondateurs, parfois employés et investisseurs — possèdent les parts ;
  • les leaders et collaborateurs dirigent l’entreprise au quotidien ;
  • le conseil d’administration, composé des fondateurs et investisseurs, exerce un contrôle sur les décisions.

Soyez attentifs aux conflits possibles entre ces pôles — intérêts opposés, désaccords stratégiques ou conflits d’autorité. Tout doit être fait pour faciliter la défense d’une vision à long terme.

Dans le cas d’une startup, le problème principal vient souvent du conseil d’administration. Celui-ci doit être resserré pour une efficacité maximale : idéalement de trois à cinq membres. Mais plus il aura de poids, plus il est important de bien le choisir pour que son pouvoir s’exerce à bon escient : ne laissez pas entrer n’importe qui pour obtenir des fonds.

Stimulez l’implication de tous

Au moment des embauches, favorisez l’implication au maximum.Évitez les consultants, le temps partiel ou le télétravail : vos employés doivent se donner à 100%.

D’autre part, pensez soigneusement la question des salaires. Pour un P-DG, une rémunération trop importante entraîne une tendance à vouloir protéger sa place, privilégiant la pensée à court terme et le “statu quo”. Dans les faits, les dirigeants les plus efficaces sont les moins payés !

Pour les collaborateurs aussi, le salaire ne doit pas devenir le critère premier. Favorisez les primes pour encourager chacun à se dépasser.

La rémunération peut aussi passer par une participation à l’entreprise. Ce type de compensation n’intéressera pas tout le monde, mais favorise un engagement sur le long terme. Réfléchissez-y bien, car il vous sera impossible de mettre chacun sur un pied d’égalité, ce qui peut entraîner des tensions. 

Choisissez vos employés avec soin afin de bâtir une culture forte

La culture est le moteur de toute société : sa réussite passe par la cohésion et le dévouement des employés. Comment faire pour y arriver ?

Peter Thiel en a fait l’expérience chez PayPal. L’équipe fondatrice y était si soudée qu’elle était surnommée la “mafia”. Par la suite, ses membres ont chacun fondé ou cofondé un nombre impressionnant d’entreprises à succès, de Tesla à LinkedIn, en passant par YouTube.

C’est pourquoi, au-delà des fondateurs, le recrutement est une étape clé à ne jamais externaliser :

  • en plus des compétences, recherchez des personnes capables de former un collectif ;
  • elles doivent partager une vision du monde, une aspiration commune. Pour une jeune startup où l’efficacité est vitale, une équipe homogène est un avantage de poids afin d’éviter tout conflit interne ;
  • vos effectifs doivent se ressembler tout en se distinguant du monde extérieur.

Le problème étant que les gens talentueux ont le choix en matière d’emploi. Vous devez donc vous différencier pour les attirer. Plutôt que l’argent, les responsabilités ou une série d’avantages, mettez en avant ce qui vous rend unique : votre mission ou votre équipe.

Par exemple, les entreprises de la Silicon Valley sont bien connues pour leur liberté d’esprit et leur atmosphère informelle.

Au quotidien, entretenez cette cohésion par une claire répartition des rôles. Vous éviterez ainsi les tensions et rivalités qui représentent un danger mortel pour une entreprise, surtout une startup où chacun sera amené à endosser des tâches diverses. En effet, pour éviter de se marcher sur les pieds, il faut savoir en permanence qui est responsable de quoi.

Les fondateurs d’entreprises de renom sont des êtres uniques

Si les entreprises à succès se distinguent par une vision forte et une planification rigoureuse, elles sont souvent portées par des dirigeants uniques, excentriques et parfois paradoxaux. Ces fondateurs emblématiques allient les extrêmes :

  • marginaux et charismatiques ;
  • rationnels et déjantés ;
  • modèles adulés ou antihéros, etc.

Quel est le secret de leur succès ?

Ces profils inclassables sont promis à des itinéraires en dents de scie. Adorés ou détestés, ils créent la controverse et font souvent l’objet d’attaques virulentes. Ils peuvent ainsi passer du succès à la déchéance, et “vice versa”.

L’intérêt aigu qu’ils suscitent n’est pas un hasard. L’humanité s’est toujours passionnée pour les figures extrêmes. Les héros, grands dirigeants ou fondateurs de civilisations tels Œdipe ou Romulus et Rémus sont partis de rien pour arriver au sommet avant de connaître un destin tragique. Les rois, dieux et tyrans, sont tour à tour vénérés et renversés.

Les idoles actuelles obéissent aux mêmes règles : ils vivent une vie sur le fil qui les mène parfois au pire. Elvis Presley, Michael Jackson, Britney Spears ont connu aussi bien l’adoration que la chute, sans parler des légendes disparues trop tôt comme James Dean ou Amy Winehouse.

Toute personnalité aspirant à faire parler d’elle est bien consciente de cette réalité. À l’image de la pop star Lady Gaga, mais aussi de nombreux grands chefs d’entreprise, elles bâtissent leur légende en prenant des risques et en multipliant les provocations. Leurs traits de caractère extrêmes sont soigneusement entretenus, leur différence initiale exagérée et mise en exergue par elles-mêmes comme le système médiatique, en une surenchère permanente.

Pour une société, être dirigée par une telle figure est à la fois précieux et difficile.

Par exemple, Steve Jobs a incarné Apple comme nul autre, mais était connu pour son tempérament invivable. Pour autant, la société s’est étiolée sans lui et c’est son retour en 1997 qui l’a de nouveau fait décoller.

Une entreprise à succès est la rencontre d’un génie et d’un collectif.En tant que leader, vous êtes porteur d’une vision unique, souvent conçue et incarnée par vous seul — mais pour la réaliser, il est indispensable d’entraîner et d’impliquer vos équipes. Ce n’est qu’ainsi que vous pouvez créer une communauté humaine au potentiel irrésistible.

Conclusion

L’avenir n’est pas tout tracé. Optimisme ou pessimisme, réussite ou échec : à vous de définir votre destin en choisissant le progrès. Pour cela, le secret est de sortir des sentiers battus, d’oser prendre des risques au lieu de vous contenter du “statu quo”. Soyez différent, soyez unique ; inventez du neuf et ne craignez pas les critiques. Vous ne forgerez vos lendemains qu’en reprenant le contrôle d’aujourd’hui.

Ce qu’il faut retenir de ce résumé :

  • le vrai progrès impose de penser l’avenir au lieu de se reposer sur les équilibres actuels ;
  • la méfiance qu’inspirent les visions d’envergure est née d’une mauvaise lecture des échecs passés ;
  • la concurrence valorisée par le système économique est incompatible avec un succès d’ampleur ;
  • pour s’imposer, il faut créer un monopole en proposant une valeur unique ;
  • réussir passe par des objectifs et des ambitions pour le futur ;
  • une vraie performance ne peut être que ciblée ;
  • inventer demain, c’est partir en quête des secrets qui échappent encore à l’entendement ;
  • la machine n’est pas un danger pour l’homme, mais un outil auquel allier ses forces ;
  • même un secteur porteur comme l’écologie ne peut être conquis qu’avec une stratégie solide ;
  • ne sous-estimez jamais l’importance de la vente ;
  • les choix fondateurs sont essentiels pour une entreprise viable et prospère ;
  • pour créer une culture forte, choisissez des employés motivés par une même passion ;
  • les grands leaders, charismatiques et uniques, peuvent seuls porter un projet d’envergure, mais conservent une face d’ombre et de paradoxes.